Deux familles décimées

La tragédie des passeurs d'Alos.
S'il est des oubliés dans la mémoire de la Résistance, ce sont les Pujol et les Cazalé d'Alos qui payèrent très cher leur engagement dans la lutte clandestine.

Louis a effectué un séjour en tant que prisonnier à la maison Lauquié, boulevard Capdeville à Foix. Un jour, en fendant du bois, il a réussi à déjouer la vigilance de ses gardiens pour rejoindre son Couserans natal. Hélas, il sera assassiné par les Allemands le 9 décembre 1943. Claude Delpla, historien, nous rappelle aujourd'hui cet épisode tragique :

"Après l'occupation de l'Ariège par les troupes allemandes, la Résistance s'intensifie notamment dans les passages vers l'Espagne. Noël Peyrevidal, responsable du mouvement France au combat, contacte les familles Pujol et Cazalé, du hameau de Montarna, pour assurer la conduite de tous ceux qui fuient la répression de la Gestapo. Les deux familles n'ont pas hésité et désormais, juifs pourchassés, militaire français ou alliés, pilotes anglais ou américains, réfractaires au Service du Travail Obligatoire en Allemagne empruntent la filière d'Alos. François Pujol et ses deux fils Louis et Urbain, son beau-frère Jean Cazalé et ses deux fils André et Urbain constituent l'équipe.

Malgré les précautions prises, une dénonciation d'un habitant d'Alos parvient à la Gestapo de Saint-Girons. Des Français travaillant pour la Gestapo font une longue enquête. Dans la nuit du 24 au 25 novembre 1943, huit personnes sont arrêtées : François, Louis et Urbain Pujol, Jean, André et Maurice Cazalé ; Pierre Paillas et le transporteur Louis Fourneau.

Un premier interrogatoire a lieu à Saint-Girons ou Paillas est libéré. Transférés à Foix, à la Villa du Lauquié, ils sont encore interrogés. Urbain Pujol, Jean et  Maurice Cazalé sont relâchés. Le soir du 25 novembre, Louis Pujol, affecté par les Allemands à une corvée du sciage du bois, en profite pour s'enfuir de Lauquié.

François Pujol et André Cazalé, emprisonnés à Foix, puis à Toulouse (Saint-Michel) partent en déportation. Ils ne reviendront pas. Seul Louis Founeau rentrera des camps allemands. Céleste Pujol, grâce à l'intervention de Peyrevidal, a pu au dernier moment embrasser son père François.

Quant à Louis, après avoir mis plusieurs jours à revenir de Foix sur Alos, il se tient caché, reprend contact avec la famille et décide de passer en Espagne. Le 9 décembre, à l'aube, Louis Pujol (23 ans) a gagné la veille le plateau du Larrech et décide de dormir dans une grange-écurie où il peut faire du feu. Épuisé, il s'endort. Hélas les Allemands sont sur ses traces. Le capitaine Rantziger, chef des douaniers, vient de Castillon et le surprend. Il est abattu dans son sommeil. Il est abattu dans son sommeil. Officiellement, les Allemands prétendront avoir riposté à un "terroriste". Après Louis Barrau, tué en septembre, Louis Pujol est le deuxième jeune passeur à tomber sous les balles de l'occupant en Couserans.

Ainsi la famille Pujol-Cazalé se retrouve à la fin de la guerre avec deux déportés morts en Allemagne et un fusillé. Une famille exemplaire qui ne mérite pas l'oubli."