Les évadés particuliers du Couserans

Paul Broué.
Orphelin à 16 ans de son père blessé de guerre durant la guerre de 1914-1918, détenteur d'un CAP d'ajusteur mécanicien, il s'engage le 14 novembre 1942 pour 3 ans afin de rejoindre l'Algérie. Lorsque les Allemands envahissent la zone libre, il est démobilisé à la caserne Laperine à Carcassonne. Après cette démobilisation, il est requis pour tenir les fonctions de garde-voie aux Cabannes. Il déserte son poste le 3 Juillet 1943 et rejoint ses camarades, Sans Albert, Souque Jean, Dougnac Albert, Bénazet René, Camel Henri pour franchir les Pyrénées. Arrêté par la garde civile espagnole il est incarcéré successivement à Sort, Lérida, Sarragosse, Logronio Miranda del Ebro. Après 3 mois de détention, il est mis en résidence surveillée à Barcelone.
 
Envoyé à Malaga le 10 novembre 1943 en convoi, il embarque le 15 novembre 1943 sur le "Gouverneur Général Lépine" pour arriver à Casablanca le 17 novembre 1943. Après être passé par le centre de tri de Mediouna, le COSM 22 de Meknes et l'école de Dellis, il apprend que les Évadés peuvent s'engager dans l'arme de leur choix. Il s'engage alors dans les commandos de France à Staoueli. Muté au 1er bataillon de CHOC, il participe successivement au débarquement de Corse, de Provence et effectue les campagnes du Jura, des Vosges, d'Alsace, d'Allemagne et d'Autriche.

Début 1946, il rejoint Seix pour retrouver sa famille et prendre une activité civile auprès de sa mère, l'esprit serein et satisfait d'avoir effectué son devoir.


Joseph Gualter.
À 20 ans, il rejoint les armées du Général De Gaulle... Souvenirs : Joseph Gualter, président des Évadés de France, raconte  son engagement pour libérer la France.

"Il faut être déterminé et avoir des convictions profondes ancrées en soi, au moment précis où l'histoire de votre pays va faire basculer votre propre destin." C'est par ces mots que Joseph Gualter, homme discret et sage commence le récit d'un citoyen qui un jour a choisi le chemin de la liberté.

Comme beaucoup de Couserannais, il écoute radio Londres : "Les Français parlent aux Français". Un événement majeur, le débarquement des alliés le 8 novembre 1942 en Afrique du nord a été l'étincelle. Avec son ami Julien Dénat d'Eycheil, ils décident de fuir le sol national pour rejoindre les armées du général De Gaulle. Ils vont passer par le port de Salau faiblement enneigé en ce début du mois de novembre. Aymé Rieu, dit l'amour, les héberge au village pour la nuit. Le lendemain, dès leur arrivée en Espagne, ils sont arrêtés par les carabiniers espagnols.

Un long et dur périple.
Après 3 jours à Alos de Isil où, logés chez l'habitant, ils sont bien traités, c'est Esterri de Aneu puis la prison de Lérida et le terrible camp de Miranda de Ebro jusqu'au mois de juin. Le trajet vers Madrid et ensuite le Portugal est effectué dans des wagons à bestiaux. Ils sont bien reçus dans ce pays considéré comme un état neutre. A Setubal, Joseph et Julien embarquent sur 2 bateaux battant pavillon britannique, pour rejoindre Casablanca. En pleine mer, c'est avec beaucoup d'émotion que Joseph voit l'équipage hisser le drapeau français. Le but n'est pas atteint, il faut encore rejoindre Alger pour retrouver le groupe Combat de la France libre. Ce sera chose faite quelques jours plus tard. Joseph a réalisé son rêve, il va combattre pour libérer son pays. Son père, depuis longtemps dans la résistance, l'a encouragé à faire ce choix.


Jean Souque.
Résistance : Jean Souque, révoqué de l'enseignement le 28 juillet 1943 par le gouvernement de Vichy, n'a jamais été réintégré.

Sa plus belle décoration.
En arrivant en permission chez lui en 1945 après deux ans de combats, sa maman, l'air catastrophé, lui a donné sa révocation d'instituteur signée du préfet et de l'inspecteur d'académie en date du 5 juillet 1943. 64 ans après, il n'a toujours pas officiellement été réintégré dans le corps des enseignants, ce qui ne l'a pas empêché de faire une brillante carrière d'instituteur. À l'époque, pour Jean Souque, dans le camp des combattants de la liberté, ce papier ne valait rien, mais comme il le dit, ce sera sa plus belle décoration : il a été révoqué par Vichy et ils ne sont pas nombreux dans son cas. C'est le 5 juillet 1943 qu'il a décidé de quitter la France car peu de temps avant il a appris qu'il devait partir au STO (service du travail obligatoire) dans les mines de sel de Cracovie en Pologne.

Le long chemin vers la liberté.
À minuit, ce fut le départ avec René Bénazet, Paul Broué, Henri Camel, Albert Dougnac et après d'interminables heures de marche sous la pluie, dans le brouillard et le froid, ils passent leur première nuit d'évasion dans la cabane des Estagnous. Le lendemain, c'est la montée vers la pale de Claouère, puis l'Espagne et l'arrestation par les carabiniers avant d'être incarcéré au Seminario Viejo, la sordide prison de Lérida où des prisonniers républicains espagnols attendent depuis 5 ans d'être fusillés. En septembre, départ pour Roccalaura puis Barcelone avant de se diriger le 11 novembre 1943 vers Malaga où 2 navires français le "Gouverneur général Lépine" et le "Sidi Brahim" les attendent. Le 17 novembre 1943, Casablanca est atteint. Lorsque l'on voit un peu de ciel bleu et que l'on est entouré de hautes murailles, on sait alors ce qu'être libre représente. La liberté est le bien le plus précieux de l'homme.